J'enseigne les arts martiaux.
Plus précisément je suis maître de "Fleur de Prunier".
Mais ce n'est pas ce qui m'a conduit à l'AFUB même si toutes les qualités ainsi acquises m'ont été souvent très utiles, voir indispensables au sein du service juridique de l'association.
Car je suis avocat, en Chine.
Et j'achève en France ma formation.
C'est ainsi que j'ai intégré le corps des jurisconsultes volontaires. J'avais pris connaissance des jurisprudences éditées par l'AFUB sur son site et l'un des professeurs, en amphi, avait fait référence à l'association.
Mais je ne croyais pas rencontrer une telle exigence technique.
Et moi qui cherchais une expérience de terrain, je ne suis pas déçu!
Des permanences…
Les permanences téléphoniques m'en fournirent immédiatement l'occasion. Presque une gageure de répondre en 10-15 minutes!
Savoir aller à l'essentiel et surtout, pour cela, apprendre à conduire l'usager à ne pas "raconter sa vie" et son cheminement sans efficacité quant à l'audit juridique. Pas facile d'abréger et d'interrompre ce correspondant qui cherche autant une écoute qu'une info juridique.
Ceci est tout particulièrement vrai pour ces client de banque qui invoquent leur ancienneté dans l'établissement, leur fidélité à celui-ci: subissant des rejets de chèques, de prélèvements, ou encore victime de fraude aux cartes bancaires, ils disent leur incompréhension face au silence ou à l'inertie ou à la morgue bancaire. Ils sont traumatisés, écorchés, déstabilisés.
Et quand ils s'adressent à nous, c'est moins pour savoir comment agir que pour témoigner, pour raconter leur amertume, pour aussi qu'on leur redonne confiance.
Et le droit en est un moyen!
Savoir aussi être concret, en évitant d'enliser l'usager dans la théorie juridique. C'est pas aisé quand on connaît le droit et que mon penchant naturel est alors de l'exposer et de le détailler.
Et parfois, la banque fait subir à son client une situation tellement ubuesque ou inextricable, que je séchais et devais en appeler à un "plus ancien" et à son expérience.
Tel était le cas en particulier en matière d'endettement, que cela soit celui des entreprises ou des particuliers. Car il faut une réelle expérience pratique pour élaborer alors une stratégie qui réponde tant aux possibilités juridiques qu'aux besoins et préoccupations concrètes des intéressés.
L'expérience téléphonique m'a tellement "éreinté" que je n'ai pas tardé à émigrer vers le groupe des "rédacteurs" que j'ai rejoint.
et la rédaction...
Les jurisconsultes se voient soumettre des dossiers susceptibles d'être conduits en justice, ceci par l'intermédiaire d'avocats. C'est la sécurité des moyens de paiement dans laquelle je n'ai pas tardé à m'investir. Puis ultérieurement j'ai été appelé à m'intéresser aux calculs truqués des crédits, conso et immo.
Là, on est loin de l'isolat des permanences téléphoniques; on est loin aussi de la tension liée à l'immédiateté des réponses exigée par le contact téléphonique.
Le technicien du droit s'appuie en effet sur des milliers de fiches manuscrites qui analysent les arrêts de la Cour de Cassation; à notre disposition, il y a aussi cette impressionnante bibliothèque, notamment avec près de 40 ans de "Recueil Dalloz" et de "Semaine Juridique". Quelle collection!
Il faut dire que ce renfort documentaire est indispensable car, bien souvent, les questions soumises sont aux avant-poste de la pensée juridique et de la problématique sociale et c'est sans doute ici la raison de l'engagement personnel des rédacteurs volontaires au sein du service juridique.
Car le juriste est parfois un véritable franc-tireur du droit, à promouvoir alors des interprétations juridiques novatrices sans qu'existe une jurisprudence antérieure pour sécuriser la démarche.
Et je l'ai expérimenté moi-même au sujet des faux virements et de la responsabilité de la banque pour ne pas avoir vérifié l'endos de procuration. De même au sujet de l'obligation de mise en garde en matière d'assurance perte d'emploi. Et quel n'a pas été mon plaisir quand j'ai été appelé é participer à des "procédures sur renvoi" après cassation !
En trois mois, plus qu'un "campagnonage", c'est une véritable amitié qui s'est nouée avec les autres intervenants, et pas seulement avec les juristes. Comme une grande famille pour faire vivre l'AFUB, et autant de "miracle permanents", ainsi que Serge Maître aime à le qualifier.
TIEN MIN
Juillet 2008