L' ditorial de l'AFUB

 

Cartes Bancaires

    Enfin !

    Voilà plus de 10 ans que l'AFUB dénonce l'existence des fraudes dont les titulaires de CB sont les victimes de plus en plus nombreuses.

    Voilà plus de 10 ans que les banquiers opposent à ces dénonciations le dogme sécuritaire en niant toute imperfection, toute insuffisance, tels les 3 " singes de la sagesse " qui ne veulent ni dire, ni voir, ni entendre.

    C'est dire que les usagers ne peuvent que se réjouir de la prise en compte de cette réalité par les pouvoirs publics qui ont décidé de réunir à ce sujet tous les acteurs de la CB.

    Cependant il n'y a pas lieu de se leurrer. Cet intérêt est essentiellement guidé par le souci de promouvoir la technologie française de la puce en revalorisant son acquit sécuritaire. Une supériorité technique fort discutée depuis qu'ont été révélées deux des quatre clefs de codage !

    Dans cette perspective, pourrait être craint que sous couvert d'une approche "technicienne", le débat se focalise essentiellement sur la sécurisation des paiements via Internet ou via le téléphone.

UNE INSECURITE ETRANGERE A LA PUCE, ESSENTIELLEMENT ...

    Or force est de constater qu'une telle approche ne saurait répondre à l'attente des usagers et de toutes celles des victimes des fraudes qui sont confrontés à des mécanismes moins sophistiqués mais beaucoup plus criminogènes au quotidien :

- vol de cartes et utilisation par des tiers qui ont pu auparavant visualiser le code confidentiel grâce aux insuffisances sécuritaires des matériels actuels.

- non restitution des cartes par des distributeurs à l'occasion de retraits de billets, et capture par des fraudeurs dont le forfait est facilité par l'ergonomie des appareils.

- retraits des billets dont les titulaires contestent être les auteurs et alors même que leurs cartes ne les ont pas quittés, un telle fraude étant essentiellement possible dans la mesure où 87 % des distributeurs ne procèdent pas à une lecture de la puce, ce qui permet aux délinquants de retirer des espèces avec une simple copie de la carte (plastique + encodage, sans puce) !

- l'utilisation par des tiers des coordonnées de la CB pour payer à distance, par téléphone, écrit ou Internet, ceci au détriment des titulaires et des entreprises de VPC.

- détournement de CB adressées par voie postale simple, au cours de leur acheminement.

    L'augmentation des fraudes est traduite par l'accroissement des plaintes reçues par l'AFUB qui passent de 7 % en 1998 à près de 20 % aujourd'hui.

    Une telle situation met en évidence l'insécurité à laquelle est confronté le titulaire de CB, insécurité qui ne peut que menacer la confiance de l'usager en ce moyen de paiement.

    5 MESURES, SIMPLES ET CONCRETES ...

Une telle dégradation exige des mesures urgentes, simples et concrètes, qui limiteront voire élimineront les fraudes :

- instauration de capots et parois sur les claviers, de manière à protéger des regards indiscrets la composition du code confidentiel. Une telle protection éradiquera les fraudes en suite de vols. Cette norme est susceptible d'être intégrée au cahier des charges élaboré par le GIE CB.

- création d'un dispositif de mise immédiate en opposition de la CB lorsque le distributeur ne la restitue pas à la suite d'un retrait de billets.
Ce dispositif peut prendre forme d'une formule à composer sur le clavier du DAB/GAB.
Une telle mesure réduira toute chance de réussite à cette fraude.

- mise en activité des lecteurs à puce dont 50 % des DAB/GAB sont dotés mais qui ne sont pratiquement pas opérationnels
et
équipement de l'autre moitié du parc.
Une telle mesure éradiquera la fraude qui recourt à une copie de carte utilisée pour des retraits de billets dans les distributeurs.

- suppression, sur les supports émis, de tout ou partie des identifiants du titulaire de la CB, savoir le nom apparu récemment (suppression totale), le numéro (cancélisation partielle, à tout le moins).

- procédure d'authentification de la réception de la CB par son destinataire lorsque celle-ci est envoyée par voie postale. Ceci est destiné à mettre un terme au détournement des cartes à l'occasion d'un acheminement postal.
Une telle procédure peut s'inspirer de la pratique de certaines cartes privatives.

UN ENGAGEMENT DE LA PROFESSION BANCAIRE, SINON UNE LOI ...

C'est dire que l'AFUB appelle la profession bancaire à un engagement qui soit concret et déterminé dans le temps.

A cet égard, l'AFUB formule le voeu que les banques tirent profit du délai de 6 mois impartis par la Secrétaire d'Etat pour mettre à niveau la sécurité qu'elles doivent à leurs clients.

    Une impuissance bancaire à ce sujet exigerait le recours à la Loi et au Règlement.

    Un tel engagement devra portée aussi sur les conditions de réparation et d'indemnisation de manière à garantir le sécurité juridique par une procédure de remboursement rapide et non dilatoire.

QUANT AUX CHIFFRES DE LA FRAUDE ...

    L'importance de la fraude n'est pas aisément appréhendable.

    En tout état de cause cette importance ne saurait être limitée à l'affirmation du GIE-CB qui l'évalue environ à 2 millions de Francs.

    Le chiffre fournit par les banques ne rend pas compte de la réalité.

    En effet, il s'agit des seules fraudes dont la charge financière pèse sur les banques ; Ce chiffre exclut donc les fraudes supportées tant par les titulaires de CB que par les entreprises de VPC, notamment en suite de vol, de non restitution au DAB/GAB de débit sans dépossession ou de vente à distance.

    En effet, le chiffre "noir", (ou darkness) de la fraude que ne traduit pas l'évaluation bancaire ne peut être apprécié qu'approximativement ceci par référence tant aux statistiques policières et aux dénonciations et réclamations enregistrées par les associations de consommateurs.

    A cet égard, l'AFUB évalue entre 1,4 et 1,6 milliard de francs la charge supportée par les victimes, titulaires ou entreprises de VPC.

La méthodologie de cette approche statistique repose sur :

- un critère déduit d'une répartition géographique avec une valeur moyenne par acte frauduleux de 5 000 F.

- un critère déduit des déclarations à l'AFUB avec une valeur moyenne de 11 000 F par victime.

    La fidélité d'une telle démarche est fragile et c'est pourquoi cette dernière expose une appréciation "basse" des évaluations.

    C'est ainsi que le chiffre noir n'intègre pas une fraude à la VPC dont plus de 200 entreprises ont été victimes et qui en 1998 et 1999 aurait porté sur une valeur de 100 millions, ainsi que l'AFUB l'a révélé le 12 avril dernier ...

    En tout état de cause, il s'agit là d'une évaluation qui, s'ajoutant au montant reconnu par le GIE CB, porte la fraude totale à plus de 1,6 milliards de francs ; le nombre des victimes voisinerait 250 000.

C'est dire que, en dépit des efforts du GIE pour relativiser l'importance de la fraude en se référant au volume des transactions, force est de constater la pléthore de victimes qui dans de nombreux cas demeurent encore sans réel recours face aux insuffisances sécuritaires.

A cet égard, si l'initiative gouvernementale apparaît, à l'usager, comme la bouée au naufragé, encore faudrait-il que la démarche ne soit pas réduite à la seule protection des ambitions industrielles françaises (la puce !) et qu'aucune opacité méthodologique n'en entrave l'espérance ...

Jacques POINDRON
Secrétariat Général
AFUB

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Dernière révision : 25 juillet, 2004