La société civile immobilière est un outil patrimonial puissant, mais elle a une contrainte méconnue : son objet social est par défaut limité à la gestion immobilière. Conséquence directe, elle ne peut pas légalement acheter des actions, des obligations ou prendre des participations dans d’autres sociétés. Pour débloquer cette capacité, il faut modifier les statuts — une démarche accessible, peu coûteuse, et que l’on peut réaliser sans avocat.

Pourquoi une SCI classique ne peut pas acheter des valeurs mobilières

L’objet social d’une société définit précisément les activités qu’elle est autorisée à exercer. Dans une SCI standard, cet objet est rédigé autour de l’acquisition, de la gestion et de la location de biens immobiliers. Toute opération hors de ce périmètre est en principe sans valeur juridique, voire susceptible d’engager la responsabilité du gérant.

Acheter des actions en bourse, souscrire des parts de SCPI ou prendre une participation dans une PME sont des actes qui sortent du cadre immobilier strict. Pour les rendre possibles, la société doit avoir expressément prévu cette activité dans ses statuts — ce que la plupart des structures familiales n’ont pas fait à leur création.

La solution : élargir l’objet social

Il n’est pas nécessaire de créer une nouvelle structure. Il suffit de modifier la clause d’objet social dans les statuts existants, en y ajoutant la gestion de valeurs mobilières, la prise de participations dans toute société, et éventuellement la gestion d’un portefeuille de titres. La SCI devient alors une société civile patrimoniale (SCPat) au sens large, capable d’investir à la fois dans l’immobilier et les marchés financiers.

Cette modification est ouverte à toutes les structures existantes, quel que soit leur régime fiscal (IR ou IS). Elle ne remet pas en cause les biens déjà détenus ni l’historique de la société.

La procédure étape par étape

1. Convoquer une assemblée générale extraordinaire (AGE)

La modification des statuts relève de la compétence exclusive de l’AGE. Les associés doivent être convoqués selon les modalités prévues dans les statuts. La décision est généralement prise à la majorité qualifiée définie par les statuts (souvent les deux tiers ou les trois quarts des parts). Dans une SCI unipersonnelle, l’associé unique décide seul.

2. Rédiger un procès-verbal de modification

La décision prise en AGE doit être formalisée dans un procès-verbal (PV) mentionnant l’ancien objet social et le nouvel objet social élargi. Ce document servira de pièce maîtresse pour toutes les formalités suivantes.

3. Mettre à jour les statuts

Les statuts doivent être réécrits pour intégrer la nouvelle clause d’objet. Un exemple de formulation courante : « La société a pour objet l’acquisition, la gestion et l’administration de tous biens et droits immobiliers, ainsi que la gestion de valeurs mobilières, l’acquisition et la détention de participations dans toute société ou groupement, et plus généralement toute opération à caractère civil se rattachant à cet objet. » Une fois modifiés, les statuts doivent être datés et certifiés conformes par le gérant.

4. Publier une annonce légale

Dans le mois suivant la décision, un avis de modification doit être publié dans un support habilité à recevoir des annonces légales (SHAL), couvrant le département du siège social. Depuis janvier 2024, cette publication est à tarif forfaitaire. Comptez environ 150 € selon les départements.

5. Déposer le dossier sur le Guichet Unique (INPI)

Depuis janvier 2023, toutes les formalités relatives à la vie d’une société se font exclusivement via le Guichet Unique, accessible à l’adresse formalites.entreprises.gouv.fr. Le dossier comprend le PV de l’AGE, un exemplaire des statuts mis à jour certifiés conformes, et l’attestation de parution de l’annonce légale. Les frais de greffe s’élèvent à environ 192 € en 2024–2025.

Coût total estimé (en faisant soi-même)
Frais de greffe : ~192 € — Annonce légale : ~150 € — Total : environ 340 à 360 €. En faisant appel à un juriste ou une legaltech, prévoir 150 à 250 € supplémentaires.

Conséquences fiscales : IR ou IS, une décision stratégique

Élargir l’objet social ne modifie pas automatiquement le régime fiscal — mais la question mérite d’être posée au moment de cette transformation, car les règles diffèrent sensiblement selon qu’on investit sous l’un ou l’autre régime.

SCI à l’IR : transparence et simplicité

Dans une SCI soumise à l’impôt sur le revenu, la société ne paie pas d’impôt en propre. Chaque associé est imposé directement sur sa quote-part des résultats. Les revenus issus de valeurs mobilières (dividendes, intérêts) seront déclarés en revenus de capitaux mobiliers et soumis soit au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, soit, sur option globale, au barème progressif de l’IR avec les prélèvements sociaux de 17,2 %. Les plus-values sur cession de titres suivent le régime des plus-values des particuliers.

SCI à l’IS : accumulation et report d’imposition

Une SCI à l’impôt sur les sociétés est une entité fiscale autonome. Elle paie l’IS sur ses bénéfices (15 % jusqu’à 42 500 €, 25 % au-delà), et les associés ne sont imposés que lorsqu’ils perçoivent des dividendes — taxés alors au PFU de 30 % ou, sur option, au barème progressif avec un abattement de 40 %. Tant que les gains restent dans la société, l’imposition est différée. C’est un avantage fort pour une stratégie de réinvestissement à long terme.

Critère SCI à l’IR SCI à l’IS
Imposition des revenus Directement chez les associés (PFU 30 % ou barème) IS à 15 % / 25 %, puis PFU 30 % à la distribution
Report d’imposition Non Oui, tant que les bénéfices restent dans la société
Plus-values immobilières Régime des particuliers (exonération progressive) Régime professionnel (aucune exonération liée à la durée)
Comptabilité Simplifiée Comptabilité d’engagement obligatoire
Changement de régime Passage à l’IS possible Option IS irrévocable
Point d’attention
L’option pour l’IS est irrévocable. Une fois exercée, il n’est plus possible de revenir à l’IR. Ce choix doit être réfléchi avec un expert-comptable, notamment en tenant compte du patrimoine immobilier déjà détenu par la structure.

Ce que permet concrètement la structure élargie

Une fois l’objet social modifié, il devient possible d’acquérir des actions cotées, des ETF, des obligations, des parts de sociétés non cotées, des parts de SCI tierces ou de SCPI, et de prendre des participations dans des holdings ou des PME. La société peut également percevoir des dividendes en provenance de ces participations et les réinvestir au sein de la structure, ce qui en fait un outil de centralisation et d’optimisation patrimoniale sur le long terme.

Questions fréquentes

Peut-on modifier une SCI existante sans dissoudre la structure actuelle ?

Oui, absolument. L’élargissement de l’objet social est une simple modification statutaire. La structure conserve son numéro SIREN, son historique, ses biens et ses associés. Aucune dissolution ni recréation n’est nécessaire.

Faut-il obligatoirement un notaire pour cette démarche ?

Non. La modification de l’objet social est une formalité civile qui ne nécessite pas l’intervention d’un notaire. On peut la réaliser seul ou via une legaltech spécialisée pour un coût réduit.

La SCI modifiée peut-elle toujours détenir des biens immobiliers ?

Oui. L’élargissement de l’objet social s’ajoute à l’objet immobilier initial, il ne le remplace pas. La société peut continuer à gérer ses biens existants tout en investissant dans des valeurs mobilières.

Quels sont les risques d’une SCI qui achète des actions sans avoir modifié ses statuts ?

Les actes accomplis en dehors de l’objet social peuvent être contestés sur le plan juridique. Le gérant peut voir sa responsabilité personnelle engagée vis-à-vis des associés. Les transactions concernées pourraient, dans des cas extrêmes, être annulées.

Faut-il ouvrir un compte-titres au nom de la SCI ?

Oui. Les investissements en valeurs mobilières devront transiter par un compte-titres ouvert au nom de la société auprès d’un établissement financier. Certaines banques en ligne et courtiers proposent des comptes dédiés aux personnes morales à des tarifs compétitifs.

À propos de l'auteur

Frédérique

Rédactrice web depuis plusieurs années, je suis fortement intéressée par le domaine de la finance et de la banque. Sujet aussi vaste que passionnant, il me semble essentiel que les gens puissent être informés de leurs droits dans ce domaine.