Un acheteur qui vous envoie un lien pour « recevoir votre paiement », un vendeur qui disparaît une fois le virement reçu, des débits inconnus après une vente : les arnaques entre particuliers prennent des formes variées. Une fois le mal fait, la question se pose vite : la banque va-t-elle rembourser ? La réponse dépend moins de la plateforme que d’un point précis, celui de savoir si vous avez vous-même autorisé le paiement.

Paiement autorisé ou non : la distinction qui change tout

Le Code monétaire et financier distingue deux situations. Dans la première, une opération a été faite sans votre accord : quelqu’un a utilisé votre numéro de carte, par exemple après l’avoir récupéré sur une fausse page. On parle d’opération non autorisée. Dans la seconde, c’est vous qui avez donné l’ordre, même trompé : vous avez fait un virement à un faux vendeur ou validé un paiement dans votre application.

Pour une opération non autorisée, la règle est protectrice. La banque doit vous rembourser au plus tard à la fin du premier jour ouvrable qui suit votre signalement (article L133-18). Vous disposez de 13 mois à compter du débit pour agir, et la démarche pour contester un débit non autorisé est simple. La banque ne peut refuser que dans deux cas : si elle a de bonnes raisons de soupçonner une fraude de votre part, ou si elle prouve que vous avez commis une négligence grave. C’est à elle d’apporter cette preuve, et le seul fait que l’opération ait été validée avec votre authentification forte ne suffit pas.

Le piège du faux lien de paiement

C’est l’arnaque la plus répandue côté vendeur. Un pseudo acheteur propose de payer par la « livraison sécurisée » et vous envoie un lien vers une page imitant Leboncoin ou Vinted. Pour « recevoir l’argent », on vous demande votre numéro de carte, puis le code de validation reçu par SMS ou la confirmation dans votre application bancaire. En réalité, vous venez de permettre à l’escroc de payer avec votre carte.

Les banques invoquent alors souvent la négligence grave. Les tribunaux tranchent au cas par cas, selon la crédibilité de la manœuvre. En janvier 2025, la Cour de cassation a retenu la négligence grave d’une victime qui avait répondu à un courriel manifestement frauduleux. À l’inverse, en octobre 2024, elle a jugé qu’un client trompé par un appel affichant le numéro de sa propre conseillère n’avait commis aucune négligence grave (Cass. com., 23 octobre 2024, n° 23-16.267).

Retenez une règle simple : pour recevoir de l’argent, on n’a jamais besoin de donner ses données de carte ni de valider une opération. Si vous êtes tombé dans le piège, contestez quand même : la banque doit démontrer votre négligence, et toutes les situations ne se valent pas.

Vous avez payé un faux vendeur : un recours plus limité

Si vous avez réglé par virement, Lydia ou Wero un objet qui n’arrive jamais, le paiement est autorisé. La banque n’a pas d’obligation de rembourser, et un virement instantané ne peut pas être annulé. Demandez-lui tout de même, sans attendre, de solliciter le retour des fonds auprès de la banque du bénéficiaire : rien ne garantit le succès, mais chaque heure compte.

Un point peut jouer en votre faveur. Depuis le 9 octobre 2025, votre banque doit procéder à la vérification du nom du bénéficiaire avant chaque virement. Si elle ne l’a pas fait, sa responsabilité peut être engagée. Si elle vous a signalé une non concordance et que vous avez validé malgré tout, le recours devient très difficile.

La meilleure protection reste celle des plateformes, à condition de payer par leur système intégré. Avec le paiement sécurisé de Leboncoin ou le bouton « Acheter » de Vinted, l’argent reste bloqué jusqu’à ce que vous confirmiez la réception, et vous pouvez signaler un colis non reçu ou un article non conforme dans un délai court. Dès que vous payez en dehors, par virement à la demande du vendeur, cette protection disparaît. Pour une remise en main propre, mieux vaut choisir avec soin votre paiement en main propre.

Arnaque en ligne

Les démarches à faire tout de suite

  • Faites opposition sur votre carte si vous avez communiqué ses données.
  • Contestez par écrit auprès de votre banque les opérations que vous n’avez pas autorisées, et gardez une preuve datée de votre demande.
  • Signalez la fraude sur Perceval, via service-public.fr, si votre carte est toujours en votre possession et qu’elle a été utilisée en ligne ; transmettez le récépissé à votre banque.
  • Portez plainte, en ligne pour une arnaque à la petite annonce, ou au commissariat.
  • Signalez le compte à la plateforme et conservez les captures d’écran de l’annonce, des messages et du profil.

Si la banque refuse de rembourser, adressez une réclamation écrite à son service client, puis saisissez gratuitement le médiateur bancaire. La voie judiciaire reste possible ensuite.

Ce qui pourrait changer

Le futur règlement européen sur les services de paiement, validé politiquement en novembre 2025, créera un droit au remboursement pour les victimes d’un fraudeur se faisant passer pour leur banque. Il ne s’appliquera pas avant fin 2027 et ne vise pas les faux acheteurs ou vendeurs.

Questions fréquentes

J’ai validé l’opération avec mon code : la banque peut-elle refuser de rembourser ?

Pas automatiquement. L’utilisation de votre authentification ne prouve pas, à elle seule, que vous avez autorisé l’opération ou commis une négligence grave. C’est à la banque de le démontrer.

Combien de temps ai-je pour contester ?

Treize mois à compter de la date du débit pour une opération non autorisée, mais un signalement rapide renforce toujours le dossier.

Leboncoin ou Vinted peuvent-ils me rembourser ?

Oui, si vous avez payé par leur système de paiement intégré et signalé le problème dans les délais. Un paiement réalisé en dehors de la plateforme n’est pas couvert.

Mon virement instantané peut-il être annulé ?

Non, il est irrévocable dès son exécution. Seule une demande de retour des fonds auprès de la banque du bénéficiaire peut être tentée, sans garantie de résultat.

À propos de l'auteur

Frédérique

Rédactrice web depuis plusieurs années, je suis fortement intéressée par le domaine de la finance et de la banque. Sujet aussi vaste que passionnant, il me semble essentiel que les gens puissent être informés de leurs droits dans ce domaine.