Vous avez travaillé en Suisse, comme frontalier ou comme résident, puis quitté votre employeur sans en rejoindre un autre ? Votre épargne retraite professionnelle ne vous a pas suivi d’office. Elle doit être placée sur un compte de libre passage, faute de quoi elle risque de dormir dans une fondation de dernier recours, quasiment sans rémunération. Voici comment fonctionne ce dispositif, quand vous pouvez récupérer votre argent et comment il est imposé si vous vivez en France.
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Qu’est-ce qu’un compte de libre passage ?
La prévoyance professionnelle (LPP), deuxième pilier de la retraite suisse, est alimentée par des cotisations salariales et patronales versées à la caisse de pension de l’employeur. Lorsque vous quittez ce dernier, la caisse calcule votre prestation de sortie, c’est-à-dire l’épargne accumulée à votre nom. Si vous rejoignez un nouvel employeur, elle est transférée à sa caisse. Dans le cas contraire (chômage, formation, activité indépendante, départ de Suisse, fin d’activité d’un frontalier), l’argent doit en principe rester affecté à la prévoyance.
Deux formules coexistent. Le compte de libre passage, ouvert auprès d’une fondation bancaire, conserve cette épargne sur un compte rémunéré ou investie en fonds. La police de libre passage, proposée par les assureurs, y ajoute une couverture décès et invalidité, au prix d’un rendement généralement plus faible.
Ouvrir un compte de libre passage : les délais à respecter
C’est à vous d’indiquer à votre ancienne caisse l’institution qui recevra vos avoirs. Sans instruction de votre part, elle les transfère à la Fondation institution supplétive LPP, au plus tôt six mois et au plus tard deux ans après votre départ. Vos fonds n’y sont pas perdus, la fondation devant en garantir la valeur nominale, mais ils y sont très peu rémunérés : 0,05 % par an depuis le 1er janvier 2026, contre 0,40 % un an plus tôt.
Pour éviter ce scénario, le guide publié par Swiss Serenity, société jurassienne spécialisée dans la recherche d’avoirs de prévoyance et la consolidation du libre passage, détaille les démarches pour ouvrir un compte de libre passage et choisir entre un placement en compte ou en titres. La plupart des fondations de libre passage dépendent de banques suisses, dont les conditions varient beaucoup : au 1er janvier 2026, le taux moyen du marché tournait autour de 0,08 %, les meilleures offres atteignant 0,50 %.
Des milliards de francs oubliés
Beaucoup d’anciens salariés de Suisse ignorent qu’ils détiennent un avoir de libre passage. À fin 2025, l’institution supplétive gérait environ 1,6 million de comptes pour quelque 21 milliards de francs, dont près de 960 000 comptes dont le titulaire n’était plus joignable. La Centrale du 2e pilier, rattachée au Fonds de garantie LPP, permet de lancer gratuitement une recherche à son nom, de préférence avec son numéro AVS, inscrit sur les anciennes fiches de paie suisses.
Quand peut-on retirer son avoir de libre passage ?
Le principe reste le blocage jusqu’à la retraite. Le capital peut être versé au plus tôt cinq ans avant l’âge de référence, fixé à 65 ans (avec une période de transition pour les femmes nées entre 1961 et 1963), et au plus tard cinq ans après.
Un versement anticipé reste possible dans quelques cas, sous conditions :
- l’achat ou la construction de votre résidence principale ;
- le démarrage d’une activité indépendante à titre principal ;
- le versement d’une rente d’invalidité entière ;
- un avoir inférieur au montant annuel de vos cotisations ;
- le départ définitif de Suisse.
Ce dernier cas concerne directement les résidents de France. Lorsque vous vous installez dans un pays de l’Union européenne ou de l’AELE et que vous y êtes affilié à l’assurance vieillesse obligatoire, par exemple parce que vous travaillez en France, seule la part surobligatoire peut vous être versée. La part obligatoire reste bloquée en Suisse jusqu’à la retraite. Les frontaliers qui cessent de travailler en Suisse suivent la même règle, dont l’application est vérifiée par le Fonds de garantie LPP.
Une fois l’argent débloqué, sa conversion en euros mérite la même attention que celle d’un salaire : les solutions présentées pour un compte suisse de frontalier permettent souvent de limiter les frais de change.
Quelle fiscalité pour un résident de France ?
Lors du versement, l’institution de libre passage prélève un impôt à la source suisse, calculé selon le barème du canton où elle a son siège. Pour un résident de France, ce prélèvement n’est pas définitif, car la convention fiscale franco-suisse réserve l’imposition de ces prestations au pays de résidence. Il est remboursable sur demande, au moyen d’un formulaire attestant votre résidence et l’imposition du capital en France, validé par l’administration fiscale française puis transmis aux autorités suisses.
En France, le capital doit être déclaré. S’il est versé en une seule fois, vous pouvez opter, sous conditions, pour un prélèvement libératoire de 7,5 % prévu à l’article 163 bis du Code général des impôts, plutôt que pour le barème progressif. Les foyers aux revenus les plus élevés peuvent toutefois être rattrapés par la contribution différentielle sur les hauts revenus, prolongée en 2026. Le traitement social du capital dépend enfin de votre affiliation à l’assurance maladie, un point à vérifier avant tout retrait. Côté suisse, la hausse de l’imposition des retraits en capital voulue par le Conseil fédéral a été rejetée par le Parlement entre décembre 2025 et mars 2026.
Questions fréquentes
Peut-on verser de l’argent sur un compte de libre passage ?
Non. Ce compte ne reçoit que des transferts provenant d’une caisse de pension ou d’une autre institution de libre passage. Aucun versement volontaire n’est possible.
Combien de comptes de libre passage peut-on détenir ?
Une même prestation de sortie peut être répartie entre deux institutions au maximum, par exemple pour diversifier les placements. Après plusieurs changements d’employeur, vous pouvez toutefois en détenir davantage, d’où l’intérêt de les regrouper.
Peut-on sortir ses avoirs de l’institution supplétive ?
Oui, à tout moment. Il suffit de demander leur transfert vers le compte de libre passage de votre choix, ou leur versement si vous remplissez l’une des conditions de retrait.
