Entre le fonds en euros, jugé trop prudent, et les actions, perçues comme trop risquées, de plus en plus d’épargnants entendent parler d’une troisième voie : le produit structuré. Proposé par les banques et les compagnies d’assurance, souvent logé dans un contrat d’assurance-vie ou un compte-titres, ce placement a longtemps eu la réputation d’être réservé aux investisseurs avertis. Il se démocratise pourtant depuis quelques années. Mais de quoi s’agit-il exactement, et quelles précautions faut-il prendre avant de s’y intéresser ?

Un placement construit sur mesure

Un produit structuré n’est pas un actif au sens classique du terme, comme peut l’être une action ou une obligation. Il s’agit d’un instrument financier fabriqué par une banque, qui combine plusieurs briques (le plus souvent une obligation et un ou plusieurs produits dérivés) pour offrir un profil de gain et de risque défini à l’avance.

Concrètement, sa performance est liée à l’évolution d’un actif dit « sous-jacent » : cela peut être un indice boursier (le CAC 40 ou l’Euro Stoxx 50, par exemple), un panier d’actions, une matière première ou encore un taux de change. À la différence d’un investissement direct en Bourse, le rendement du produit structuré ne dépend pas de la hausse ou de la baisse pure et simple de cet actif, mais d’une formule de calcul précise, fixée dès le départ dans une documentation contractuelle.

Comment fonctionne-t-il concrètement ?

La plupart des produits structurés commercialisés en France reposent sur un mécanisme dit « autocall », ou à remboursement anticipé automatique. Chaque année (ou à intervalles réguliers), le produit est observé : si le sous-jacent a évolué favorablement par rapport à son niveau de départ, le produit peut être remboursé par anticipation, accompagné d’un coupon prédéfini. S’il ne l’est pas, le produit continue à vivre jusqu’à la prochaine date d’observation, ou jusqu’à son échéance finale, généralement comprise entre quatre et dix ans.

Certains produits versent des coupons de manière régulière, indépendamment du remboursement anticipé, tandis que d’autres ne rémunèrent l’épargnant qu’au moment du dénouement. Dans tous les cas, la mécanique exacte (seuils de déclenchement, niveau de barrière de protection, taux du coupon) est propre à chaque produit et doit être lue attentivement avant toute souscription.

Trois grandes familles selon le niveau de protection

On distingue généralement les produits structurés selon la protection qu’ils offrent sur le capital investi :

Les produits à capital garanti assurent, à l’échéance, la restitution de la totalité (ou d’un pourcentage minimal) des sommes investies, quelle que soit l’évolution du sous-jacent. En contrepartie, leur potentiel de gain est plus limité.

Les produits à capital protégé sous conditions, les plus répandus, protègent le capital tant que le sous-jacent ne franchit pas un seuil de baisse déterminé (une « barrière de protection », par exemple -30 % ou -40 % par rapport à son niveau initial). Si ce seuil est franchi à l’échéance, l’épargnant subit une perte proportionnelle à la baisse réelle du sous-jacent.

Les produits sans protection du capital, enfin, exposent l’épargnant à une perte en capital dès la première baisse du sous-jacent, en échange d’un potentiel de gain généralement plus élevé.

Les risques à ne pas sous-estimer

L’Autorité des marchés financiers (AMF) rappelle régulièrement que les produits structurés sont des instruments complexes, qui ne doivent en aucun cas être confondus avec des placements sans risque. Plusieurs points de vigilance méritent d’être soulignés.

D’abord, la perte en capital est possible, et peut aller jusqu’à la perte totale des sommes investies dans le cas des produits les moins protecteurs. Ensuite, la liquidité est souvent limitée : un produit structuré est conçu pour être conservé jusqu’à son échéance, et une sortie anticipée se fait généralement à un prix de marché défavorable, sans garantie de retrouver sa mise. Il existe également un risque de crédit, puisque le remboursement du produit dépend de la solidité financière de la banque émettrice : en cas de défaillance de celle-ci, l’épargnant peut perdre tout ou partie de son capital, indépendamment de la performance du sous-jacent. Enfin, la complexité des formules de calcul, des indices utilisés (notamment les indices dits « à décrément », qui intègrent un prélèvement automatique réduisant leur performance dans la durée) et des frais associés rend la comparaison entre produits difficile pour un non-spécialiste.

Des frais souvent peu visibles

Contrairement à un fonds classique, les frais d’un produit structuré ne sont généralement pas prélevés de manière apparente sur le relevé de l’épargnant : ils sont intégrés dans la construction même du produit, ce qui les rend moins lisibles. Il est donc conseillé de demander systématiquement le document d’informations clés (DIC), qui détaille l’indicateur de risque, les scénarios de performance et les frais totaux sur la durée de vie du produit.

Comment s’y retrouver avant d’investir

Face à la diversité de l’offre et à la technicité des mécanismes, il est vivement recommandé de ne pas souscrire un produit structuré sur la seule base d’une plaquette commerciale. Chaque produit doit être analysé au regard de son sous-jacent, de sa barrière de protection, de la solidité de l’émetteur et des frais réels supportés par l’épargnant : en vous rendant sur cette page, vous pouvez comparer différents conseillers, courtiers et banques émettrices spécialisés dans les produits structurés, afin d’identifier un interlocuteur adapté à votre profil et à vos objectifs d’épargne.

Comme pour tout placement financier, la règle reste la même : ne jamais investir une somme dont on pourrait avoir besoin à court terme, et s’assurer d’avoir bien compris le mécanisme et les risques du produit avant de s’engager.

Cet article a un caractère informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. L’AFUB rappelle qu’il est recommandé de se faire accompagner par un professionnel avant toute décision de placement, et de solliciter, en cas de litige avec un établissement financier, l’appui d’une association de défense des usagers.

À propos de l'auteur

Frédérique

Rédactrice web depuis plusieurs années, je suis fortement intéressée par le domaine de la finance et de la banque. Sujet aussi vaste que passionnant, il me semble essentiel que les gens puissent être informés de leurs droits dans ce domaine.