Conseiller en gestion de patrimoine, CGP indépendant, conseiller patrimonial de banque privée : les appellations se multiplient et se ressemblent. Sur le fond, tous font à peu près le même travail. Ce qui les distingue vraiment, c’est la façon dont ils sont payés, et donc leur liberté de vous recommander tel ou tel placement. Voici comment faire la différence.

Un même métier, plusieurs modèles économiques

Qu’il soit salarié d’une banque ou installé à son compte, un conseiller en gestion de patrimoine commence par un bilan de votre situation : revenus, biens, dettes, fiscalité, situation familiale, projets. Il propose ensuite une stratégie, puis des solutions concrètes : assurance-vie, PER, SCPI, compte-titres, optimisation de la transmission. Ce diagnostic prend souvent la forme d’un audit patrimonial.

Le sigle CGPI ajoute un « I » pour indépendant. Mais attention : ce terme n’est pas un titre protégé. Un cabinet peut se présenter comme indépendant simplement parce qu’il n’appartient à aucune banque, tout en étant rémunéré par les assureurs et les sociétés de gestion dont il place les produits. L’indépendance commerciale et l’indépendance au sens réglementaire ne sont pas la même chose.

Ce que dit vraiment la réglementation

Pour conseiller sur des placements financiers, un professionnel doit avoir le statut de conseiller en investissements financiers (CIF), adhérer à une association agréée par l’AMF et être inscrit au registre de l’ORIAS. Depuis la directive européenne MIF 2, il doit aussi vous dire, dès le premier rendez-vous, si son conseil est fourni de manière indépendante ou non.

La différence est nette. Un conseiller qui se déclare indépendant doit comparer un large éventail de produits et n’a pas le droit de conserver les commissions versées par les fournisseurs : s’il en perçoit, il doit vous les reverser. Il est donc payé uniquement par vous. Un conseiller non indépendant, lui, peut garder ces commissions, appelées rétrocessions, à condition de vous les signaler et qu’elles servent à améliorer le service rendu.

Cette mention figure dans le document d’entrée en relation que le conseiller doit vous remettre. C’est la seule source fiable pour savoir à qui vous avez affaire, bien plus que le nom du cabinet ou sa plaquette.

Comment chacun est rémunéré

Rien n’est gratuit en gestion de patrimoine. Quand le conseil ne vous est pas facturé directement, il est financé par les frais des produits que vous souscrivez.

Profil Qui le paie Choix des produits Point de vigilance
Conseiller en banque Son employeur, via les frais des produits maison Surtout la gamme de la banque Objectifs commerciaux possibles
CGP non indépendant Les fournisseurs, par rétrocessions sur les frais d’entrée et de gestion Large, mais limité aux partenaires du cabinet Produits plus chargés en frais parfois mis en avant
CGPI au sens de MIF 2 Vous, par des honoraires Le plus ouvert, y compris des produits sans commission Coût visible dès le départ

Les honoraires peuvent prendre plusieurs formes : forfait pour un bilan, taux horaire, abonnement annuel ou pourcentage des encours suivis. Selon la complexité du dossier, un bilan peut coûter de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros. En contrepartie, le conseiller peut vous orienter vers des contrats à frais réduits et n’a aucun intérêt à vous faire changer de placement.

À l’inverse, un conseil rémunéré par rétrocessions ne coûte rien au premier rendez-vous, mais pèse chaque année sur le rendement de votre épargne. Sur un horizon de quinze ou vingt ans, l’écart de frais peut devenir sensible.

Lequel choisir selon votre situation

Il n’y a pas de bon choix universel.

Si vous avez une épargne modeste et un besoin simple, comme ouvrir une assurance-vie ou un PER, un conseiller rémunéré par commissions reste souvent la solution la plus accessible : payer des honoraires pour placer quelques milliers d’euros a rarement du sens. Pour savoir à partir de quand un accompagnement devient pertinent, consultez notre article sur le patrimoine à partir duquel se faire accompagner.

Si votre patrimoine est important ou votre situation complexe (chef d’entreprise, transmission, expatriation, forte fiscalité), un conseil indépendant payé en honoraires offre plus de transparence. Vous payez un avis, pas un produit.

Dans tous les cas, le passage par un cabinet de gestion de patrimoine suppose de poser les bonnes questions dès le départ. Notre guide pour préparer votre premier rendez-vous avec un CGP vous aide à le faire.

Audit patrimonial

Vérifier le statut avant de s’engager

Quelques contrôles simples évitent les mauvaises surprises. Vérifiez l’inscription du conseiller sur le site de l’ORIAS, avec les statuts dont il dispose : CIF pour les placements financiers, courtier en assurance pour l’assurance-vie, carte de transaction pour l’immobilier. Demandez le nom de l’association professionnelle à laquelle il adhère. Consultez aussi les listes noires publiées par l’AMF, qui recensent les acteurs non autorisés.

Enfin, exigez une lettre de mission qui précise le périmètre du conseil et son mode de rémunération.

Ce que la réforme européenne pourrait changer

L’Union européenne finalise sa stratégie pour les investisseurs particuliers. L’interdiction pure et simple des rétrocessions, un temps envisagée, a été abandonnée, mais les distributeurs devront mieux justifier les frais facturés et montrer que ces commissions apportent un bénéfice concret au client. Ces nouvelles règles ne devraient pas s’appliquer avant 2028 ou 2029, le temps que les États membres les transposent.

Questions fréquentes

Un CGP salarié de banque est-il gratuit ?

Non. Son conseil n’est pas facturé directement, mais il est financé par les frais des produits que vous souscrivez auprès de la banque.

Comment savoir si un conseiller est vraiment indépendant ?

Lisez le document d’entrée en relation. Il doit indiquer si le conseil est fourni de manière indépendante ou non. Seul un conseil déclaré indépendant vous garantit l’absence de rétrocessions conservées.

Peut-on négocier les honoraires d’un CGPI ?

Oui, dans une certaine mesure. Le mode de calcul et le montant doivent figurer dans la lettre de mission, que vous pouvez discuter avant de la signer.

Un CGPI peut-il gérer mon argent à ma place ?

Le conseil ne vaut pas gestion. Pour prendre des décisions à votre place, il faut un mandat de gestion confié à une société agréée. Le CGPI peut vous orienter vers ce type de service.

À propos de l'auteur

Frédérique

Rédactrice web depuis plusieurs années, je suis fortement intéressée par le domaine de la finance et de la banque. Sujet aussi vaste que passionnant, il me semble essentiel que les gens puissent être informés de leurs droits dans ce domaine.